Adaptation des constructions et des aménagements

 

La règlementation est très ferme en ce qui concerne les constructions en zones de PPRI (plan de prévention des risques d’inondation). Dans les zones les plus dangereuses, elles sont généralement interdites et dans les autres, elles sont strictement réglementées de manière à limiter la vulnérabilité des biens et des personnes. Mais le fait de ne pas se trouver dans une zone de PPRI ne veut pas dire l’on soit à l’abri d’une inondation et n’empêche pas de prendre certaines précautions.

 

AU NIVEAU DES CONSTRUCTIONS

La priorité est la sécurité, ne pas vous exposer inutilement. Ne faites pas de sous-sol, placez le seuil de votre rez-de-chaussée au-dessus des plus hautes eaux connues ou au-dessus du niveau de la crue centennale théorique s’il est plus haut (renseignez-vous en mairie pour connaître ces valeurs). Pour ce faire, plusieurs solutions se présentent : construire sur un vide sanitaire, sur un tertre ou sur pilotis. Mais si ces précautions sont nécessaires, elles ne sont pas suffisantes, en voici d’autres :

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Ensemble de bureaux sur pilotis en Savoie.
Copyright : Patriarche & Co.

 

Des recommandations classiques :

• choisir des matériaux très résistants à la pression de l’eau et des embâcles (structure métallique).
• bien fixer la cuve à fioul, ou mieux encore, ne pas en avoir. Le fioul n’est pas nettoyable. S’il vient à être propagé, les maisons contaminées devront être détruites
• bien fixer les éléments de jardin, à moins qu’ils ne soient très facilement déplaçables
• mettre un clapet anti-retour sur le système d’assainissement
• avoir un toit terrasse accessible de l’intérieur ou toute autre aire surélevée propice à l’hélitreuillage
• prévoir une zone refuge permettant aux personnes exposées d’attendre l’abaissement de la crue, avec des provisions, des vêtements de rechange, des couvertures, une radio, un réchaud…
• les clôtures, les talus, l’orientation de la construction, ne doivent pas gêner l’écoulement de l’eau.
• pas de pièces à vivre au rez-de-chaussée (surtout les chambres !) sauf s’il est suffisamment surélevé.
• maintenir un accès facile au coupe-circuit, au robinet de gaz et à une zone sûre.
• pas de chaudière ni aucun appareil électrique dans les zones vulnérables de la maison
• protection des multiples réseaux (eau potable, assainissement, électricité, gaz, téléphone, aération).
• installez des drains enterrés au pied de votre maison pour faciliter l’évacuation de l’eau et le séchage des murs.

ZoneRefuge

Schémas de zones de refuge.
Source : CETE Méditerranée.

 

En plus de ces mesures (liste non exhaustive), deux choix de stratégie se présentent : soit étanchéifier sa maison, soit la rendre « insensible » à l’entrée de l’eau. Attention toutefois à la pression exercée sur les murs par une inondation de plus d’1 mètre ou par un courant fort. Dans ce cas, il vaut mieux laisser l’eau entrer pour équilibrer la pression.

 

Une maison étanche

 

Attention, il ne suffit pas d’étanchéifier les portes et les fenêtres avec des batardeaux. La moindre fissure laissera passer l’eau.

Il faut les boucher en vérifiant notamment :
• les jointures autour des fenêtres et des portes,
• autour des entrées de câbles et de canalisations,
• les murs (matériaux ou mortier abîmé).

Batardeaux

Dispositif de batardeaux pour étanchéifier les portes et les fenêtres.
Source : prim.net, portail de la prévention des risques majeurs.

 

D’autres mesures sont à prendre ailleurs :
• les remontées d’égouts (clapet anti-retour),
• les bouches d’aération (il en existe avec des couvercles),
• l’infiltration par le sol (modifier l’aménagement des pièces exposées).
Des mesures temporaires peuvent être prises comme :
• des barrières de sacs de sable, qui laissent passer l’eau mais pas les déchets, et qui affaiblissent le courant,
• on peut éventuellement « emballer » les murs avec une bâche plastique comme sur le schéma ci-dessous, mais le dispositif ne devra pas empêcher l’eau d’entrer si la hauteur de l’inondation dépasse un mètre, car les murs seraient endommagés par la pression.

Emballage

Dispositif d’emballage d’un mur. Source : portail de prévention des risques majeurs.

 

Une maison qui sèche vite

Il s’agit de laisser l’eau entrer en minimisant son impact. On ne met rien de vulnérable en sous-sol ou au rez-de-chaussée. Après l’inondation, il faut faire sécher complètement la maison et le séchage prend beaucoup moins de temps si les matériaux sont adaptés.

On choisira plutôt :
• des systèmes de doublage amovibles des murs pour faciliter l’accès aux isolants et leur séchage
• du polystyrène et non de la laine de verre ou de la laine de roche
• des carreaux de plâtre hydrofugés (bleus ou verts dans le commerce)
• du carrelage
Et l’on évitera :
• les parquets
• les moquettes
• les revêtements en matières naturelles (pourrissement)
Selon les sources, le papier peint est soit conseillé parce que facile à enlever, soit déconseillé parce qu’il s’abîme sous l’action de l’eau.

Placez des grilles fines devant les bouches d’aération pour laisser passer l’eau mais pas les objets et débris en tous genres.

Relevez les prises et les interrupteurs électriques au-delà de 90 cm et séparez les réseaux de chaque étage.

 

Quelques mots sur les maisons flottantes

Solution peu commune en France, les maisons flottantes sont plus répandues aux Pays-Bas et en Asie. C’est une solution adaptée à ces pays et on pourrait l’envisager en France dans certains cas, comme les zones déjà urbanisées et protégées par des digues. On utiliserait alors les maisons flottantes en prévision d’une rupture de digue. Mais on ne doit surtout pas détourner cet usage pour essayer de construire sur des terrains non constructibles.
Les flotteurs servant de base aux maisons flottantes trouvent aussi leur application dans la mise en sûreté de marchandises et de machines dans les entrepôts industriels.

Plateforme

Plateforme flottante en entrepôt. Source : Batiflo.

AU NIVEAU DES AMENAGEMENTS

Les zones inondables non constructibles sont bien souvent des zones d’expansion de crues. On peut y faire des aménagements simples dans la mesure où ils respectent les documents de référence. On veillera à ne pas gêner l’écoulement de l’eau, à ne pas imperméabiliser le sol et à ne rien remblayer. Des aires de promenade, de détente et de loisirs sont tout à fait indiquées et permettent la mise en valeur de lieux non constructibles. On fait un atout d’un inconvénient.

 

Exemple 1 : Les haltes nature de la Communauté de Communes Epernay Pays de Champagne

Au sein de la CC Epernay – Pays de Champagne se trouvent des sites inondables dans le lit majeur de la Marne, aménagés pour la promenade et la détente dans le plus grand respect de l’environnement. L’espace est partagé entre les promeneurs. Parfois ceux-ci sont canalisés sur des chemins et des platelages, et la végétation se développe tout autour. Des panneaux pédagogiques sont disposés ça et là pour expliquer des éléments d’écologie et l’intérêt des sites. Ailleurs, des terrasses descendant vers la Marne, aménagées à l’aide de tiges de saule vivant tressées, et des espaces enherbés sont propices aux pique-niques.

On n’essaie pas d’empêcher l’inondation des lieux. La Marne dispose encore de tout l’espace qui lui était déjà disponible avant la mise en œuvre des aménagements. Au contraire, ceux-ci ont été conçus pour supporter passivement les crues : un bois imputrescible, lourd et bien fixé.


Un kiosque du Jardin Humide, à Chouilly.
Photo : CAUE 60.

Un ponton du Gué du Pré Salé, à Plivot.
Photo : CAUE 60.

Frayère du Jardin Humide, à Chouilly.
Photo : CAUE 60

Vue plus générale du Gué du Pré Salé.
Photo : CAUE 60
Pour en savoir plus :

Document de présentation de ces sites :
www.ccepc.fr/Download/CCEPC07_JARDINS.pdf

Exemple 2 : Les berges du Rhône à Lyon

En centre urbain, il est difficile de ne pas imperméabiliser les berges des grands fleuves. Pourtant, la communauté urbaine du Grand Lyon a fait le choix de remplacer un parking de 1600 places en bord de Rhône par des liaisons douces et des lieux de détente et de promenade. Une végétation adaptée aux crues (frênes, saules, graminées) y retrouve une place plus importante qu’auparavant et l’espace nécessaire aux débordements du fleuve reste libre.


Liaisons douces sur les berges réaménagées du Rhône.
Photos : Le Moniteur n°5441.
Pour en savoir plus :

Site de la communauté urbaine du Grand Lyon :
www.grandlyon.com/Les-Berges-du-Nord-au-Sud.1469.0.html