Actions sur les cours d’eau

 

Parmi les actions dont nous allons parler maintenant, certaines peuvent être menées par des propriétaires de berges, d’autres par les Voies Navigables de France ou encore par des syndicats de rivières.

Par la circulaire du 1er octobre 2002, le Ministère de l’Environnement a lancé un appel à projets pour des PAPI, Programmes d’Actions de Prévention des Inondations, qui contiennent une part d’actions sur les cours d’eau et une part de prévention par la communication. Les plans sélectionnés étaient prévus pour durer de 2003 à 2008. D’autres PAPI ont été mis en place dans d’autres régions pour la période 2007-2013.

L’Entente Oise-Aisne, ou plus précisément l’Entente interdépartementale pour la protection contre les inondations de l’Oise, de l’Aisne, de l’Aire et de leurs affluents met en œuvre le PAPI Oise-Aisne.

L’AMEVA est le syndicat mixte d’aménagement hydraulique du bassin versant de la Somme. Il met en œuvre le PAPI de la Somme.

Pour en savoir plus :

Site de l’AMEVA :
www.ameva.org/index.php

Site de l’Entente Oise-Aisne :
www.entente-oise-aisne.fr

BARRAGES, ECLUSES, DIGUES ET ZONES D’EXPANSION DE CRUES…

 

Les barrages

Le rôle essentiel des barrages est de constituer des réservoirs d’eau, principalement pour l’irrigation, puis pour l’industrie et la production d’électricité. Ils peuvent aussi assurer plusieurs autres fonctions grâce aux plans d’eau formés dont le tourisme, les loisirs, la lutte anti-incendie et la régulation de cours d’eau (crues et étiages). Donc dans la limite de la sécurité de chaque ouvrage, les barrages peuvent contribuer à écrêter les crues.

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Le barrage de Venette (60). Photo : CAUE de l’Oise.

 

Certains sont munis d’un ou plusieurs déversoirs de crues (dont les débits sont adaptés à différents niveaux de crues), qui servent à protéger le barrage contre une hauteur d’eau trop importante risquant de l’endommager. Le trop-plein d’eau est dirigé vers un canal de décharge qui rejoint le cours d’eau plus loin en aval.

La mise en place d’un barrage est un grand bouleversement pour l’environnement naturel comme pour l’environnement social. L’écosystème met 30 ans à se reconstituer (mais pas totalement car certaines espèces disparaissent). Le barrage entrave la libre circulation des espèces aquatiques, modifie la force du courant et le débit. Les poissons sont moins nombreux donc les oiseaux pêcheurs aussi. Et sur le plan social, un barrage implique l’expropriation des habitants de la vallée qui sera inondée.

Mais lorsque certains barrages sont volontairement détruits, c’est surtout en raison de leur faible rentabilité, de leur vétusté, des risques et inconvénients qu’ils représentent pour les populations et l’environnement (risque de rupture en cas de forte crue, entrave à la libre circulation, retenue et accumulation de sédiments souvent pollués). Cette décision est prise après une évaluation, en général lorsque les concessions EDF arrivent à leur terme (Ministère de l’environnement, 1999). Le barrage de Kernansquillec sur le cours du Léguer, dans les Côtes d’Armor, a ainsi été détruit en 1996. Il mesurait 15 mètres de haut et avait été construit vers 1920 pour alimenter une papeterie en électricité.

 

Les écluses

Les écluses sont destinées à faciliter la navigation fluviale en servant « d’ascenseurs » à bateaux. Leur action potentielle sur le niveau des cours d’eau est plus modeste que dans le cas d’un barrage, mais tout de même pas négligeable puisque leur mode de fonctionnement consiste à faire monter et descendre le niveau d’eau dans un sas.

Le PAPI Oise-Aisne inclut une automatisation de la gestion des ouvrages hydrauliques tels que les barrages et les écluses pour une réaction coordonnée face aux inondations.

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Porte amont d’une écluse à Marolles. Photo : CAUE de l’Oise.

 

Les digues

 

Les digues empêchent l’inondation de zones précises en retenant les eaux. Elles sont surtout connues pour protéger les terres d’inondations marines, comme les polders néerlandais. Mais elles sont aussi utilisées à l’intérieur des terres pour canaliser les crues de certains cours d’eau. Cette dernière utilisation est controversée car si elle protège localement les habitants, elle aggrave la situation en aval en reportant le problème sans le régler. Les crues ne peuvent pas s’étaler sur leurs zones d’expansion naturelles et le niveau des cours d’eau augmente encore plus, aggravant la situation en aval.

Et si la digue ne suffit pas à empêcher l’inondation, elle aura en plus le désavantage d’entraver l’évacuation des eaux.

Digue

Digue en remblais sur la Loire moyenne. Photo : P. Mériaux
Source : Cemagref.

 

Les zones d’expansion de crues

 

Une zone d’expansion de crues est un espace naturel ou aménagé où se répandent les eaux lors du débordement des cours d’eau dans leur lit majeur. Ces zones sont un élément important de la gestion des risques d’inondation car elles assurent un rôle de tampon : le stockage temporaire de l’eau permet d’écrêter la crue, le niveau d’eau est moins haut et le courant moins fort. La présence d’arbres contribue à la l’évacuation de l’eau par transpiration. En général on parle de zone d’expansion de crues pour des secteurs peu ou pas urbanisés et peu aménagés. L’un des objectifs des PPRI est de veiller à la conservation de ces zones.

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Les pâtures et les marais font d’excellentes zones d’expansion de crues.
Photo : SAGE Sarthe amont.

 

Un autre avantage des zones d’expansion de crues est de favoriser la biodiversité en constituant un refuge pour des espèces variées adaptées aux prairies, aux marais, aux étangs, aux sous-bois…

Grenouille

On peut trouver la grenouille verte dans les zones humides de presque toute l’Europe.
Photo : Wikipedia.

Pour en savoir plus

Sur le site suivant, la Commission Internationale des Grands Barrages explique le rôle des barrages du monde entier :
www.oieau.fr/ciedd/contributions/at1/contribution/lecornu.htm

À propos de l’effacement de barrages :
www.rivernet.org/general/dams/decommissioning/decom3_f.htm#sit

Site du canal du midi sur les écluses :
www.canal-du-midi.org/fr/canal/le_parcours/les_ecluses.aspx

ENTRETIEN DES COURS D’EAU ET DE LEURS BERGES
Comment entretenir les cours d’eau ?

Il faut :
• enlever les embâcles et les souches du lit des cours d’eau
• entretenir la végétation des berges (ripisylve) : enlèvement des arbres susceptibles de tomber à l’eau, coupes de rajeunissement (recépage), plantations d’espèces adaptées (frêne, aulne, saule…)
• consolider les berges là où elles s’érodent
• utiliser pour cela le génie végétal chaque fois que c’est possible
Il ne faut pas :
• modifier inconsidérément le tracé et le profil naturels des cours d’eau (méandres, bras, courbes)
• artificialiser le fond et les berges
• curer trop souvent ou de trop à la fois
• faire des coupes rases car on obtiendrait à la repousse un tunnel végétal enfermant complètement le cours d’eau, un milieu homogène donc non diversifié

Le génie végétal

 

Le génie végétal consiste à utiliser des végétaux pour lutter contrer l’érosion des sols et des berges. Les racines, en particulier, apportent une tenue et un renfort aussi efficaces (parfois plus) que des ouvrages de génie civil. Ces techniques utilisent, outre des végétaux variés (saules, roseaux…), des géotextiles biodégradables souvent à base de fibres de coco qui maintiennent l’ensemble en place en attendant le développement du système racinaire.

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Les fascines servent à soutenir les berges, elles peuvent être faites en bois vivant, souvent du saule.
Photo : Passion Bassin.

 

Lorsque l’on utilise des troncs au lieu de tresser des tiges de saule, on parle de tunage et non de fascinage ou de tressage. Le bouturage consiste à planter des pieux vivants pour qu’ils redonnent des arbres.

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Les nattes pré-végétalisées sont posées entre mi-avril et mi-juillet.
L’enracinement des plantes solidifie la berge.
Photo : Aquaterra Solutions.

 

Un simple semis de graines d’herbacées à la volée peut contribuer à la protection de la berge grâce au développement de racines de surface. C’est l’ensemencement, ou l’enherbement. Les arbres apportent les racines profondes et les plantes intermédiaires achèvent de lier l’ensemble. On n’utilise pas forcément les trois types de végétaux mais on adapte la solution technique à la situation.
Une protection indirecte peut être apportée aux berges par des radeaux végétalisés. Ceux-ci atténuent les vagues et fournissent un abri à la faune piscicole et des aires de nidification pour les oiseaux.


Le lit de plançons est une superposition de rangées de branches ou de plants. Il est utilisé pour les berges abruptes.
Photo : SMETAP.

Un peigne est un enchevêtrement de troncs et de branches solidement fixés à la berge qui affaiblit le courant, retient les alluvions et protège une portion de berge fragile : une anse d’érosion.
Photo : SMETAP.

Les plus :
• Forte résistance à l’arrachement
• Résistance souple qui dissipe l’énergie du courant
• Contribue à la biodiversité
• Ne gêne pas les échanges entre le cours d’eau et la nappe
• Rôle dans l’auto-épuration des eaux de ruissellement et du cours d’eau
• Fait de l’ombre au cours d’eau, ce qui limite la prolifération d’algues
• Son efficacité grandit avec les plantes
• Moins cher que le génie civil
Les moins :
• Périodes de réalisation limitées
• Délai d’attente du développement des végétaux
• Demande de l’entretien (voir gestion de la ripisylve)
• Chantiers demandant une main d’œuvre qualifiée encore peu nombreuse

 

Qui entretient les cours d’eau ?

 

Dans le cas des cours d’eau non domaniaux, c’est-à-dire qui ne relèvent pas du Domaine Public Fluvial (DPF), l’entretien des berges et du lit incombe aux propriétaires riverains. (source : ODE, observatoire départemental de l’eau, de l’Ain).
En coordonnant leurs actions ponctuelles, en se regroupant et en se faisant aider par des syndicats spécialisés, les propriétaires peuvent avoir une action globale coordonnée à l’échelle du bassin versant. Cela permet de contribuer à concilier les objectifs de lutte contre les inondations avec ceux de maintient des écosystèmes de zones humides, sachant que le curage aura forcément un impact sur l’écosystème et qu’il peut être fait un moindre mal en intercalant des zones refuges entre les zones curées. L’entretien des mares peut donner une idée des proportions à respecter : pour limiter l’atteinte à l’écosystème, on les cure sur trois ans, un tiers à la fois.

CoursdEau

Un petit cours d’eau. Photo : CAUE 60.

 

Dans le cas des cours d’eau domaniaux, l’Etat est seulement tenu d’entretenir le bon écoulement de l’eau. Il n’a pas obligation de s’occuper des berges ni des ouvrages hydrauliques qui n’ont plus d’utilité pour le DPF.

Les bénéficiaires d’une autorisation d’occupation du DPF assurent les dépenses d’entretien des ouvrages d’occupation. Cela implique ceux nécessaires à l’enlèvement des embâcles, à l’entretien des berges et au curage.

Peniche

Péniche sur le Domaine Public Fluvial. Photo : CAUE 60.

 

La gestion d’un cours d’eau peut être transmise à une collectivité locale, au département ou à un groupement de collectivités locales ou de départements.
La propriété d’une partie du DPF peut être transmise à une collectivité locale ou à un groupement de collectivités locales.
« Voies Navigables de France (VNF) est un établissement public sous la tutelle du Ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement Durable et de l’Aménagement du Territoire. Son rôle est de gérer le réseau français de voies navigables » (source : ODE de l’Ain). Concrètement, VNF agit dans de nombreux domaines dont une partie concerne la gestion des risques d’inondations : la protection et l’entretien des berges, l’expérimentation en génie végétal, le dragage des cours d’eau, la restauration de barrages et l’élaboration de PPRI.

Pour en savoir plus

Ministère de l’écologie, « la restauration et l’entretien des cours d’eau » :
www.ecologie.gouv.fr/La-restauration-et-l-entretien-des.html

SMETAP rivière Dordogne et structures associées, « génie végétal » :
www.espace-riviere.org/site/sme_tr01.html

CAUE de Gironde, « gestion de la ripisylve » :
www.cauegironde.com/consultation/affiche.php?idcns=71

SMETAP : syndicat mixte d’études et de travaux pour l’aménagement et
la protection de la rivière Dordogne, « gestion de la ripisylve » :
www.espace-riviere.org/site/ens_defi.html

Observatoire départemental de l’eau, département de l’Ain, « qui entretien les cours d’eau » :
www.ain.pref.gouv.fr/DDAF/ODE/esu/amenage.html